Archive for the 'rapport au sol' Category

C’était de saison.

De face comme de profil,
les rouflaquettes en bataille,
il ne se supportait plus…
Ça faisait négligé.
Il devait absolument passer chez le coiffeur,
avant d’apporter des lilas à sa belle.

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Polaroid originals B&W SX-70 Film
Beauvechain 17 et 18. IV. 2020.

Il ne suffit pas de dire « Je vous ai compris « .

Le Blackfoot
qui ne venait pas pour autant d’Algérie
n’aimait pas qu’on l’enfume
avec des promesses de reprises
pour le 21 Floréal de l’An CCXXVIII
(si les calculs de google sont bons).

Tassant sa pipe,
il prit du recul,
se relu et se dit que
mettre ensemble le général,
les indiens,
les pieds-noirs
et le calendrier républicain,
c’était fort de café.
Komême.(re-sic)
Seul le confinement de trente-six jours pouvait expliquer cette espèce de faille spatio-temporelle.
Les neurones ne réagissaient plus pareil.
La synapse détraquée,
les associations abracadabrantes,
les mariages loufoques,
les collages surréalistes des plus beaux jours d’entre-deux-guerres
revenaient comme par enchantement.
Au bout de cinq semaines seulement !
Imagine !
Aurait dit l’autre,
à deux doigts de pousser une chansonnette sur son balcon.
Tout ça sur cette image d’indien, gérant la Nature, en bon père de famille… Si on les avait écouté ces gens là, on en serait pas là aujourd’hui.
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Il décida de clore le chapitre,
après tout,
plus rien n’urgeait.
L’ABK6® lui faisait de l’œil,
il craqua.
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A member of the Blackfoot tribe lights a fire on the prairie in Alberta, 1918.

The Blackfoot and other Native American groups used intentional burning for centuries to manage grasslands and forests. When the United States and Canada began to actively manage these areas, they ignored traditional techniques and prevented any and all wildfires, a policy which many think has led to larger and more destructive fires (due to the buildup of dry wood and grass after years without fire).

Agathe.

Agathe,
débordée par les soins que ses quatre poupées réclament
– les habiller, les coiffer, les nourrir, les coucher –
n’ignore rien des affres de la monoparentalité –
raison pour laquelle,
je suppose,
le couple solidaire que je forme avec sa mère
lui inspire parfois un certain agacement.
(Eric Chevillard).


(William Eggleston 1970).

Association libre et collage entre une image de W. Eggleston et un petit texte d’E. Chevillard.

De la jetée, tu retiens…

Hélène Chatelain lajetee
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Elle et cette adaptation jusqu’à la saturation
de Terry Gilliam dans
« L’armée des 12 singes »

Screenshot_2020-04-11 La Jetée by Chris Marker (1962)

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Screenshot_2020-04-11 La Jetée by Chris Marker (1962)(1)

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Hélène Chatelain89af892

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Et puis ce geste de la main dans la nuque.

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Hélène Chatelain1280
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Hélène Chatelain,
c’est la passante avec qui l’on prend langue,
pour finir.
Si tu veux te refaire « La jetée » clique, tu y seras.

Photographies n°7, 84, 147 et la 3 dans le désordre.

Ce matin je regardais trois ou quatre images de Nicole Garreau…
Je les lisais
plutôt
car elle ne les montre pas,
en effet elle les décrit.
J’aime cette façon qu’elle a de faire,
sans montrer,
comme quand tu te décilles les yeux au musée
afin de décortiquer une sculpture, un tableau ;
tu n’as que tes deux prunelles pour explorer la subtilité de la touche,
des tons,
les différentes couches et sous-couches,
l’avant,
l’après,
le temps,
les hésitations de la confection,
les repentirs,
les transparences,
les nuances…
Toute cette attention qu’il a fallu pour que ce tu lis aujourd’hui soit
si interpellant,
si universel.
Ou pas.
La lecture faite
tu prends un peu de recul et reconsidères la chose
recomposant le puzzle de tes impressions
de ces micros-instantanés
de ces parcelles de riens qui forment un tout afin que l’assemblage fasse sens.
Tu as pris du temps…
Tu as laissé du temps au temps,
puis tu passes à l’œuvre suivante
que tu as repéré bien avant d’un coup d’œil circulaire
attaquant l’entrée ou les entremets
avant le plat de consistance et/ou les desserts.

Photographie n° 7

La vieille dame se frotte les yeux : bien sûr, ces images ne sont ni classées ni annotées, mais aussi étrange que cela puisse désormais lui paraître c’est bien elle sur ce cliché. Elle peut le jurer. Elle il y a longtemps, elle « avant ». Mais avant quoi ? Avant la vieillesse, la fatigue, la résignation ? Avant la sérénité de celle qui arrive au bout ?

Elle ne saurait dire la date exacte ; elle sait seulement que c’est une photographie du tout début de ces années-là — des brèves années d’envols et de chutes rapprochés. C’est une photographie rectangulaire, de format 9 x 13, avec les couleurs assez peu tranchées des films Kodak® de cette époque. Nous sommes à l’aube des années 1980. Après mai 1981 et avant mars 1983, certainement. Nous sommes persuadé(e)s que le Grand Soir est arrivé. Action Directe n’est pas encore interdite ou vient juste de l’être. Tonton ne nous l’a pas encore mise à l’envers en suivant les traîtres Rocard et Delors. L’air est à l’aventure.

Même si elle les mélange un peu entre eux, elle se souvient de ces voyages. Des expéditions à deux, trois ou quatre personnes parfois ; seule souvent. De ce qui déjà, malgré son relatif jeune âge, faisait office de dernier combat. Elle se souvient du Gris de Boulaouane, elle se souvient des Mercalm® dont il fallait enlever la petite pellicule colorée, elle se souvient des buvards, elle se souvient des enveloppes d’herbe. Elle se souvient des routes au bord desquelles elle déambulait, nez au vent, ou sautant d’automobile en camion, de plan glauque en utopie, sans bien réaliser que la « galère » qu’elle était alors si souvent persuadée vivre serait, bien des décennies après, une petite madeleine. Sa madeleine.

Sur l’image la canadienne — la vieille canadienne couleur de terre — est plantée sur un carré d’herbe, au bord de la Seine, dans une banlieue plutôt chicos éloignée de Paris. C’est l’été (donc 1981 ? 1982 ?). Il y a sans doute des péniches au loin mais le faible piqué de la photo ne permet guère d’être plus précise quant aux arrières-plans. Sur le devant de l’image, dans ses habits informes la fille assise près de la tente pourrait avoir n’importe quel âge entre quinze et trente ans, et accoutrée ainsi, si l’on ne regarde pas attentivement l’image, il paraît même difficile de lui donner un genre. C’est un riverain qui, prétextant une « révélation », l’avait photographiée là, et était revenu le surlendemain lui donner un tirage. Elle savait ce qu’il espérait en échange, mais il n’eut rien d’autre qu’une vague promesse, un discours pseudo-maoïste et une taffe sur un pétard. Qu’en avait-elle alors à cirer, de ses photos ? Qu’est-ce qu’un type comme lui comprenait aux filles comme elle, à la route, à la Révolution ? Que savait-il d’une perdition en devenir, d’une perdition qui persistait à taire son nom ?

C’est drôle. Elle avait donné rendez-vous à une amie qui n’était jamais venue et elle était restée là à l’attendre, durant quelques jours. Quelques jours passés à dessiner, à faire la manche, à aller tout dépenser au bistro du bout des berges, à accorder des sourires pour quelques bières supplémentaires.

C’était moche. C’était beau.

C’était cette photo.

Et la Révolution ? Bah elle n’eut jamais lieu.
(Nicole Garreau).

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