Archive for the 'E’ville fragments' Category

Elle l’aimait quand il lui faisait croire qu’elle voyait comme tout le monde.

(Ou l’art des longs titres qui spoilent).


Rosalind Fox Solomon,
Blind Girl with Dolls,
South Africa, 1990

.

… Et n’avait pas attendu d’être amoureuse pour l’être.

.

Roger Rossell.

Le jour où…

– Le jour où je suis tombée amoureuse de Buster écrira-t-elle,
plus tard dans ses mémoires,
l’arrière grand-mère de Wispra.

.
On sent qu’elle est rentrée le soir chez elle
en racontant sa journée à sa coloc,
enthousiaste…
Ça aurait donné comme ceci
– Oh dear
(qu’elle aurait dit)
on a fait un truc génial aujourd’hui
(elle dirait « so amazing » bien sûr,
on est en Amérique),
il y avait Buster Keaton qui chantait et dansait
(singing and dancing),
avec Marion Shilling
(Quelle rime !)
Soit dit en passant,
elle danse comme un fer à repasser
(like an iron)
mais lui,
même avec son maquillage
et son costume tout ridicule,
C’qu’il est cute !
(minaudant et explorant , des yeux, le plafond)
Je l’ai même taquiné en tirant sa veste par derrière(*)
et je crois bien qu’il a regardé dans ma direction une ou deux fois par la suite…
Presque sûre,
presque ;
tu verrais son regard,
ses yeux !
Il en a deux…
Ce qu’ils sont beaux !
Both of them.
Et nous,
les girls,
tout le folklore qu’on s’est mis sur le dos,
des godillots,
je ne te dis que ça,
un morceau de goudron avec chaussettes et jupette ridicule…
Des danseuses grecques sans sirtaki,
en line dance ma fille.
Heureusement que ma mère ne voit pas ça,
du moins je l’espère.
(I hope so).
Et puis,
c’est pas tout,
lorsqu’il ressort de la boîte en clown pantin
t’aurais vu cette élégance,
cette souplesse,
ce lâcher prise…
Après, je suis allée dans sa loge et…
Devine ?
We have a date !
Un café demain.
Can’t wait !

.

Buster parlant
c’est tout une époque déjà,
de plus le garçon avait une assez belle voix et tenait l’air.
Pendant qu’il chante,
par contre,
je n’ai cessé de reluquer la petite à l’arrière plan
la deuxième en partant de la gauche,
qui fait tout le travail,
certainement boostée par Edward Sedgwick à la mise en scène
sur cette chorégraphie délicieusement désuète
aux costumes ridicules
c’est quasi la seule qui se démarque pour animer la troupe
surjouant un peu,
beaucoup,
passionnément ,
à peine,
buvant les paroles de Buster,
vraiment,
vivant le moment,
l’instant,
elle se la raconte,
se penche un peu plus,
joue du pied,
s’intéresse
coiffant au poteau, Marion Shilling,
qui est bien gentille,
mais bon.
Et à 1’52,
as-tu vu le regard discret du ceusse,
à la dérobade,
avant de tomber dans la boîte à malice laissant Marion,
quatre secondes plus tard continuer l’air
de sa petite voix chevrotante.

.
(*)Où elle lui tire la veste. juste avant la choré qui suit.

Ce livre d’image dont il manquait des pages.

Certains décors lui étaient devenus étrangers
les noms de lieux,
les villes
elle cherchait les mots
reconnaissant de moins en moins de trucs ;
du coup elle avait pris les choses en main et
avait consciencieusement découpé, ce qui la gênait, dans l’ouvrage.
Ça allait beaucoup mieux
pour son moral
et le petit n’y avait vu que du feu.
Il grandirait avec des lacunes
(et pas qu’une)
grandes comme ça…
Découvrirait des pays dont il n’avait jamais imaginé qu’il fussent aussi beaux.
Il remerciait encore sa mère de lui avoir caché ça lors de ces #pyjama_brossé_les_dents_au_lit_fais_de_beaux_rêves.


Teresa Greco with her son,
Italy, Milan.1997,
Ferdinando Scianna.

Un certain Philippe Favier.

« Mais avant toute chose, je crois être un dessinateur plus qu’un peintre. J’aime le contact du crayon ou de la plume sur le papier, de la pointe sur le métal ou sur le verre, le mou du pinceau dans ce qu’il transmet de déséquilibre, de vertige, m’indispose quelquefois… » dit Philippe Favier dans une interview.
Découvert récemment par votre humble serviteur grâce à un lien d’un agent secret basé en France, je suis tombé sous le charme de ces collages comme de ceux de Joseph Cornell par le passé ou de certains photomontages surréalistes.
Ne me demandez pas si je suis jamou (sic) de son château du XVIIème s.
.





.

L’enlèvement de Chlo.

Le sx70 a parlé
avec ses contrastes doux,
son velouté cotonneux et aérien
une matière suave et gourmande
qui distribue ombre et lumière
en voiles légers…
Rien à voir avec le rendu
sans appel
du numérique
sec et âpre,
lui.
Entre l’argentique et l’autre
pour cette version remastérisée de l’enlèvement d’Europe
il n’y a pas photo
Chlo peut s’envoler tranquille
Je garde le pola.



Modèle Chloé

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