Archive for the 'E’ville fragments' Category

Ces choses qui te suivent…

incipit :
plus bas, tu trouveras un lien
c’est mieux de l’enclencher
puis de lire.
.

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Ces choses qui te suivent
pendant ton travail
La douce berceuse
du clochard aveugle
du clochard céleste
« Le viking de la 6ème avenue »
cet hommage à peine déguisé
dédié
à Charlie Parker
aka « Bird ».
De façon pareillement incantatoire
ton crayon revient
ta gomme contredit
apporte de la lumière
elle n’efface pas
la gomme
elle module
sculpte
le crayon revient
ces deux là se parlent
douce transe
la trame se met en place
après Moondog tu te mettras le Köln Concert…
Quatre plages de 33T.
et puis s’en vont.

.

老子说,要《得道》!

.


.

Après le diagnostic
tu n’as qu’une seule envie…
Te bourrer la gueule ce soir.
Vu ce que la petite doctoresse vient de t’apprendre
le plus simplement du monde
C’est un peu comme dans « Tintin et le lotus bleu »
souviens-toi,
la fameuse citation de Lao Tseu :
.

Après,
c’est l’idée qu’on s’en fait.
Que peut-elle savoir du « Chien andalou » la petite ?
Toi, tu n’as qu’une scène en tête
récurrente…
Ce n’est pas celle avec l’âne dans le piano,
crois-moi.
La seule qu’on retient, c’est l’autre.

Juste après,
c’est une petite gêne
avec des animalcules
qui se baladent dans l’espace
mais tu sais pas où…
Des endroits et des frontières invisibles
Pire que mieux,
Très curieux …
Dans l’orbite,
le sourcil,
le front.
Un peu la même sensation que
quand ta mère mouillait son doigt
pour te retirer une tache sur la figure…
Comme après qu’elle t’ait retiré la tache
mais que tu aurais préféré le faire toi-même.
Ce sentiment,
en tout cas.

Voilà
tu reviens de la clinique
et tu as reçu ta première piqûre
dans l’œil.
Avoue !
Pour un visuel !

E.H.B. vs A.D.B. ou l’après confinement.

Père et mère n’étaient pas d’accord sur les distances sociales.
Maman prônait,
à raison,
une distanciation basée sur le carré de l’hypoténuse,
recette qui fonctionnait depuis la nuit des temps…
Toujours !
Dès qu’un problème un peu complexe se pose à vous,
Allez,
à toi,
on va se tutoyer,
cessons le voussoiement.
Dès qu’un problème un peu complexe se pose à toi,
tu vois c’est plus coule (sic)
Bim !
Le carré de l’hypoténuse.
Tu vois ?
Ça marche.
Papa,
lui,
avait toujours recours à son accessoire favori,
le bâton.
Pourtant,
entre la figure E.H.B.
et l’imposante A.D.B.
où se trouvait contenu le triangle rectangle F.D.B.
il n’y avait pas photo :
Mère campait sur ses assises et tenait à distance,
sans effort aucun,
son gougnafier de mari,
mon père.

Agathe.

Agathe,
débordée par les soins que ses quatre poupées réclament
– les habiller, les coiffer, les nourrir, les coucher –
n’ignore rien des affres de la monoparentalité –
raison pour laquelle,
je suppose,
le couple solidaire que je forme avec sa mère
lui inspire parfois un certain agacement.
(Eric Chevillard).


(William Eggleston 1970).

Association libre et collage entre une image de W. Eggleston et un petit texte d’E. Chevillard.

De l’Actors Studio sans en avoir l’air.

(Nicole Garreau) ignorait au commencement pourquoi elle était restée bloquée sur cette séquence — après tout celle-ci n’avait intrinsèquement rien d’extraordinaire : vous étiez actrice, « La Veuve Couderc » était un rôle comme un autre et comme aurait dit Bourvil c’était votre boulot de savoir tout jouer. Et pourtant il y avait cette scène, tout au début du film, lorsque vous accueilliez le fugitif dans votre ferme, cette scène toute bête, presque secondaire et normalement sans grande incidence sur la narration, cette scène où l’on vous voyait « seulement » attraper une bouteille de vin et remplir les verres. Mazette ! Votre regard, votre expression à cet instant ! Quel uppercut ! Ce que vous parveniez à dire dans ce geste anodin et silencieux ! Là ce n’était plus du jeu ! Toute une vie, toute votre vie, toute notre vie étaient dans ces quelques secondes : l’intention et la résignation, l’espoir et l’autodestruction, la colère et la désolation. En deux mouvements et une moue à peine esquissée ce n’était plus la simple histoire de la Veuve Couderc : c’était l’âme nue de LA Signoret, et à travers elle le récit presque universel de l’âme de presque toutes les femmes acculées dans presque toutes les impasses.

Le film et l’existence pouvaient s’arrêter là ; tout était déjà dit.

Respect infini, madame. Et merci.

Texte de Nicole Garreau,
que je remercie du prêt.
paru ce jour,
sur sa page facebook.

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