La touque.

Par grande soucoupes,
flic-flac,
elles tombaient au hasard
criblant le béton du chemin
de flaques liquides :
sous les impacts répétés,
l’herbe pliait puis revenait à sa forme initiale,
la latérite explosait en poudre pâle
pour retomber rouge-brique.
Petit Diogène dans son bidon,
renversé pour ne pas prendre l’eau,
Wispra,cachée derrière la haie
n’en perdait pas une miette.
Blottie à l’abri de l’averse tropicale,
la tête au ras du sol,
humant les senteurs fugitives et particulières
des tropiques,
son oeil,
déjà photographique,
changeant la focale
elle se laissait envoûter par le spectacle.
Observant
silencieuse
les fourmis affolées
cherchant l’issue de leur terrier
entre les ruisselets tentaculaires
aux géographies incertaines.
Elle ne perdait pas de vue le jeu de cache-cache avec « les autres »
mais pour le moment elle jouissait
de la mise au point
sur les graminées, les insectes et les ruisseaux.
Le contraste du vert et du rouge.
Le martèlement des gouttes sur la tôle du fût.
La térébenthine de la mangue.
Ses sens gravaient,
à jamais.

Sûre qu’en rentrant,
avec sa robe trempée
et souillée de makala (*)
elle se ferait engueuler par sa mère :
- Fichue ! Ajouterait celle-ci
(toujours à dramatiser)
Flic-flac !
Elle se ramasserait sa paire de claques
sans broncher
et filerait se changer.

Sa satisfaction grandissait,
avec les fleuves.
Les autres,
trop couards,
ayant perdu,
devaient avoir mis le holà au jeu,
avec la pluie.
Elle pouvait rentrer à présent
ou se salir, encore,
et regarder la débâcle des Myrmidons.
Elle choisit de rester.

N’empêche !
Gontran aurait perdu.
Jamais ce nigaud n’aurait pensé à la chercher,
là, dans la touque servant au barbecue dominical.

Quinze ans plus tard,
à L’Archiduc,
Life On Mars passait dans les baffles ;
Bruxelles,
pour elle,
était en effet comme Mars.
Gontran,
devant elle et son mojito,
n’avait pas changé.
Toujours aussi empoté,
largué par sa meuf,
il s’entortillait dans un plan drague…
Pathétique.
« Flic-flac » pensa-t-elle.


(Pour Marion S.)

(*) charbon de bois.

Seule Helen L. peut rendre compte de cela.



Quand je serai grand,
je partirai,
loin.




(Images : Helen Levitt).

Waza.

Dans la nuit
Waza silencieuse et noire
brille au loin
de ses petits yeux fixes

Le peu d’air,
interdit de fraîcheur,
assèche la gorge.

Pulsations de quelques palmiers.


Insectes et chauves-souris
ébouriffent le firmament
babouins et autres bêtes
sont là
invisibles.

Au travers du trop fin drap tendu
la table dure et étroite
de l’école Islamique
se rappelle aux vertèbres.

T’en ficherai des « nuits à la belle étoile » au milieu d’une réserve, en Afrique !

Peur,
ça oui !
D’être bouffé,
lacéré,
écartelé par quelques bêtes,
trop réelles,
trop cruelles,
aveugles en somme,
pendant la nuit.

Peur,
ça oui !


(Congo 1939, ma mère a seize ans).

Network at Ouaga-Doudou.

Le bonhomme à la moto leur avait dit qu’elles auraient une place bien payée dans la communication :
à la télévision locale
(fraîchement créée à la capitale).
La campagne était loin d’offrir ces avantages !
Pensez donc !
Pour un salaire décent
une sécurité d’emploi,
une stabilité d’avenir
la ville offrait cette opportunité de travail,
que dis-je ?
Cette promesse d’un ailleurs !
Acheter une maison,
fonder une petite famille,
avoir des enfants et
des petits-enfants…
La vie était trop courte pour rater une telle occasion !
Elles avaient donc signé et…
- En route ma poule !
Secrétaires,
animatrices,
speakerines,
miss météo…
Bref !
Ouaga-Doudou n’avait qu’à bien se tenir ! (sic).
Elles arrivaient !



A elles la belle vie !
Tout restait à faire…
C’était du tout cuit !
Mais il faudrait se battre.



(crédit photo : Yves Fonck que je remercie pour ce prêt d’images).
ps : le premier qui me fait « cui-cui » en commentaire paie la tournée.

Zanini noir.

Oun’guele Oun’guele Oun’guele Yo
Oun’guele Oun’guele Oun’guele Yo
Oua-yé

Le type tapait sur sa barrière nadar
Scandant son sapajou de contrebande à la foule médusée
Se balançant dans un rythme syncopé
Zazou Oun’guele Bô
Sorte de Zanini noir
il s’époumonait
comme un beau diable
au pied de Beaubourg
à faire ses
Oun’guele Oun’guele Oun’guele Yo
Oun’guele Oun’guele Oun’guele Yo
Oua-yé

entouré de badauds indifférents
investis d’envies culturelles
du paquebot immobile.
Soudain ;
… Tchoff !
Il tape sur une banane
accrochée là,
entre casseroles et couvercles en alu
comme ultime clin d’oeil
à la ceinture de Joséphine.
Elle est loin,
la terre natale,
hein ?
Oun’guele Oun’guele Oun’guele Yo
Oun’guele Oun’guele Oun’guele Yo
Oua-yé

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