De l’Actors Studio sans en avoir l’air.

(Nicole Garreau) ignorait au commencement pourquoi elle était restée bloquée sur cette séquence — après tout celle-ci n’avait intrinsèquement rien d’extraordinaire : vous étiez actrice, « La Veuve Couderc » était un rôle comme un autre et comme aurait dit Bourvil c’était votre boulot de savoir tout jouer. Et pourtant il y avait cette scène, tout au début du film, lorsque vous accueilliez le fugitif dans votre ferme, cette scène toute bête, presque secondaire et normalement sans grande incidence sur la narration, cette scène où l’on vous voyait « seulement » attraper une bouteille de vin et remplir les verres. Mazette ! Votre regard, votre expression à cet instant ! Quel uppercut ! Ce que vous parveniez à dire dans ce geste anodin et silencieux ! Là ce n’était plus du jeu ! Toute une vie, toute votre vie, toute notre vie étaient dans ces quelques secondes : l’intention et la résignation, l’espoir et l’autodestruction, la colère et la désolation. En deux mouvements et une moue à peine esquissée ce n’était plus la simple histoire de la Veuve Couderc : c’était l’âme nue de LA Signoret, et à travers elle le récit presque universel de l’âme de presque toutes les femmes acculées dans presque toutes les impasses.

Le film et l’existence pouvaient s’arrêter là ; tout était déjà dit.

Respect infini, madame. Et merci.

Texte de Nicole Garreau,
que je remercie du prêt.
paru ce jour,
sur sa page facebook.

Que je vous dise un truc…

A force,
la Nature avait repris ses droits,
ils restaient terrés chez eux,
étouffants de plus en plus.
Même la lune n’en croyait pas ses yeux :
– Quel joli bouquet, fit-elle, flattée.

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La première rencontre avec Agnès Richter (1844-1918).

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La première fois que je la vois,
elle est là,
sage,
en haut de l’escalier qui mène à l’étage de l’exposition
« La beauté insensée »
Une veste grise
en lin grossier,
comme celui utilisé dans les hôpitaux
pour les draps, les vêtements
brodé partout avec du fil de couleur.
Le cou et l’épaule garnis de tissu brun.
La veste légèrement sur-dimensionnée
pour un corps de petite taille.

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Dans un all-over le tissu est envahi par le fil de couleur
écriture lézardée et serrée.
Intérieur comme extérieur sont recouverts
L’extérieur du manchon a été cousu à l’intérieur
comme retourné.
Sur les manches,
la police est lisible à l’extérieur.
Qui était Agnès Richter?
A-t-elle eu des enfants?
On lit les notes dans le désordre, malgré soi.
Les «enfants» apparaît en un seul endroit.
elle révèle qu’elle avait des frères et sœurs.
«Ma sœur» et «la liberté de mon frère? »
Un «cuisinier» est mentionné.
Ce qui était important pour elle?
«Cerises» et d’ailleurs «aucunes cerises »;
puis des références constantes aux vêtements.
Agnès Richter, couturière autrichienne, fut internée contre son gré dans un hôpital psychiatrique de l’âge de quarante ans jusqu’à la fin de sa vie, vingt-six ans plus tard. Là, elle s’employa d’abord à défaire toutes les coutures de la veste de son uniforme de lin gris pour ensuite la remonter, en 1895, à sa propre manière, sans vraiment ni dehors, ni dedans, après l’en avoir entièrement couverte, en cinq couleurs différentes de phrases brodées, si denses et enchevêtrées qu’elles en étaient devenues par endroit illisibles, elle seule détenant le secret de cette seconde peau tatouée pourtant obstinément offerte à la vue de tous.
Intime, obsessionnel et possessif… Apparaissent les mots « je », « mon », « enfant », »sœur », « cuisinière », »à travers mes bas blancs », »mon habit », »frère liberté », »né le 19 juin 1873″, « ma veste », « mes bas blancs … », « je suis au Hubertusburg / rez-de-chaussée », « soeur ».avec le numéro de la blanchisserie « 583 Hubertusburg » rebrodé pour mieux s’intégrer au flux de son propre récit.
La veste est aujourd’hui conservée, sous le numéro 793, à la fameuse collection Prinzhorn de l’université d’Heidelberg.

Sur un petit fond de Satie.

Renouons avec d’anciennes habitudes…
Un billet par jour, comme ça, pour le fun…
Parce qu’après tout,
une petite gymnastique quotidienne
entretient la forme.

Le produits de ses fouilles entre les… Ou plutôt, comment les grandes découvertes sont faites

Malheureusement, avec papa, il était tombé sur un os (sic)
Celui-ci avait toujours eu le chic pour te piquer les idées
ou les trouvailles
et te reléguer au second plan.
Ce week-end
sous un soleil de plomb,
maman avait prévu
comme toujours
sandwiches mous
et boissons fraîches
(entendez par là, tièdes).
Nous étions au milieu de nulle part, en Tanzanie.
C’était d’un morne,
une fois de plus
t’as même pas idée.
Sultan s’ennuyait grave,
creusant çà et là,
grignotant une fourmi,
cherchant une bonne odeur
ou même
qui sait
trouver un os
(soyons fous)
ronger un os
l’offrir à sa belle
pourquoi pas ?
Soyons fous !
Et là, nib de nib…
L’après-midi s’étirait,
je jouais distraitement aux osselets.
Quand soudain !
Sultan s’excita
il se mit à creuser comme un dingue
le front soucieux
les oreilles tendues
trouva quelque chose
un os peut-être ?
Mais quel os ?
Matin !
Un fémur !
Il tenait là, une belle pièce.
C’est qui qui serait contente ?
Pas le Youki, mais Vicky !

C’est là que tout bascula et que papa intervint !
Il s’approcha
chaussa ses lunettes
(écartant Vicky au passage)
et s’écria
– Homo Habilis ! Homo Habilis !
(Un peu comme oncle Vania hurlait « back to the trees » après avoir néanmoins tâté de la viande cuite au feu de bois)…
Revenons à mon père :
« il » venait de trouver le premier hominidé !
Jetant par terre le scrabble®
(qu’il était en train de perdre contre la mère entre nous soit dit).
Pas question pour Vicky et Sultan
de lui fiche en l’air
« Sa Découverte »
Pauvre Sultan,
lui qui avait déterré ça pour épater sa chère et tendre.
Et l’après-midi continua de s’étirer avec « l’autre » qui mettait en place un réseau de quadrillage très compliqué sur notre aire de camping.

Louis Leakey and his family inspect the campsite of an early hominid in Tanzania, November 1961.
En réalité :
Louis Leakey and his family inspect the campsite of an early hominid in Tanzania, November 1961.

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