Mista Frunche (prononcer froun’tché). (I).


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Il ne parlait pas un mot de Français sauf quand il se fâchait…
C’est là que les gamins comprenaient l’étendue de sa colère…
Et du chemin à parcourir vers la langue de Shakespeare…
Des bornes à ne pas franchir… Des limites.
Sabir de français et de pidgin ordinaire
se mêlaient, alors, pour former une gangue de mots et de sons incompréhensibles
relevant de la pierre de Rosette ;
il était fort colère.
Pourtant, avec lui, chaque cours commençait en chanson.
Scandées par cinquante paires de poumons
debout-fixes à côté du banc
en canon sur les trois ou quatre rangées que comptait la classe.
ça faisait bizarre pour les Fentreny, Dubourdieu et autres Dupond(t),
disséminés à deux ou trois dans ces classes surchauffées
aux senteurs de poissons fumés,
de chanter dans un yaourt approximatif :
This is the name of my native land
I spell it out of eight letters
C stand for Cam, A stand for and, M stand for meat, E stand for E, R stand for romance, O stand for over (bis), N stand for night…
C-A-M-E-R-O-O-N
Cam-and-meet-Romance-over-night (bis)

Puis il reprennait en fond, seul :
a band of angels coming over me
Sim ! sim ! and carry me home
And I look about the jordan
what could I see
Sim ! sim ! to carry me home…
Shoo shoo baby baby…

Puis se mettait à danser sur l’estrade

(à suivre ).

En mieux.


… Suite à un problème d’internet, etc.

Petit mais…

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(inconnu).

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Hier, au hasard de la toile,
je suis tombé en arrêt
sur ce petit gif animé
d’une incroyable violence,
copyright à je ne sais pas qui…
Mais, s’il se reconnait,
c’est moi qui ai sa boîte de crayons de couleurs,
je la lui rendrai.
C’est sûr.

Auguste et Raphaël.

Après 35 ans d’Afrique et d’Indo l’accent était la seule chose qui les reliait au Marseilles de leur adolescence sur les voies de chemins de fer : apprentis cheminots ils s’étaient barrés vite fait pour ne plus revenir préférant, comme c’est bizarre, la mousson à cette deuxième der des ders en Europe.
En effet, Auguste et Raphaël, profondément pacifistes et lâches
(ce qui les rend parfaitement abjects et antipathiques au yeux de tous)
avaient fuit la guerre pour l’Indochine…
Puis l’Indochine pour l’Algérie.
Ensuite l’Algérie pour le Cameroun…
Et finir dans ce trou perdu de Foumban.
Beau travail.
L’un avait refait sa vie avec une « locale »,
comme on disait à l’époque,
l’autre était resté célibataire et lorsqu’une pute,
rencontrée au cinéma du coin, lui demandait comment il allait,
il répondait invariablement avec son accent du Sud :
– ça coule toujours !
avec un petit geste qui se remettait le service trois pièce en place.
Adolescent, j’aimais regarder les étoiles avec ce type.
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Comme annoncé en début d’année
ne manquez pas le rendez-vous du muguet
pourvu qu’il ne soit pas buccal…
Merci Félix, on dit.

« Aujourd’hui j’ai ramené la polio » qu’il a dit.


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Il balançait d’un pied sur l’autre
faisant toujours semblant d’être paralysé du genou gauche.
Cela tournait au cauchemar
Comment faire avaler ce canular ?
ils n’avaient donc aucun humour ces deux là ?
il voyait bien que tout cela ne rimait à rien…
Ses grands parents étaient de plus en plus inquiets,
ils gobaient TOUT ces gens !
Lui cette histoire de polio ne le faisait plus rire :
la crédulité et les visages inquiets de ces deux vieux était hallucinante ;
et eux, qu’allaient-ils dire aux parents, leurs enfants, à leur retour ?
pris à son propre piège le gaillard, debout sur le lit du salon, gambergeait sec :
continuer de mentir ou dire que c’était passé ?
une blague.
Se décider pour la première solution
ou éclater de rire et s’enfuir pour éviter la « baffe de trouille » ?
la retraite était coupée.
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