A cent-cinquante je n’ai plus compté, j’ai juste regardé danser les colts

D’abord un vieil indien en mal de traditions,
puis une indienne moult fois violée
et un vieux chien irascible
ensuite une vieille mémé et sa petite fille
puis deux hommes de mains…
Tout ce petit monde s’agglutine autour du grand Clint
façon phalènes autour d’une lampe
lui tireur laconique,
crachant son jus de chique
tantôt sur un petit scorpion,
tantôt sur les cactus
ou le reste de l’humanité
au front des cadavres semés
pestant de façon muette sur ce chancre,
déjà mort de l’âme,
qui l’entoure après la guerre.
Revu ce film qui m’était sorti de la mémoire.
… Finalement, toute proportions gardées,
c’était assez amusant…
Les scènes de tueries chorégraphiées façon
« j’t’en tue plein et je ramasse une petite estafilade en échange » ;
violence prolyxe sobre…
Je ne lancerai pas la pierre à Josey Wales.
Deux heures dix de neurone plat à regarder Clint
… Comme un enfant.
La poursuite s’engagea… Ou “traque de tracks” selon la d@me… Je ne lui donne pas tort.

En quelques lignes sobres
vous dégagerez la trame de ce récit
qui est la suite de ceci
…
Et autre chose que « Le train arrivé, il est coupé en deux… »
parce que, c’est pas pour dire…
Ce serait un peu court jeune homme !)
Si on te propose Obala, refuse ! excepté pour y rencontrer le fou.(II & fin).

.
Donc , disais-je, en dehors d’être une “charmante petite bourgade”,
Obala possédait son fou.
Et quel fou !
Celui-ci était sympathiquement bouilli :
propre sur lui, pantalon kaki légèrement trop court
sur des chaussettes dépareillées et des lacets de corde aux chaussures.
Sous un tablier blanc immaculé, de laborantin,
il arborait une chemise Haoussa brodée à l’effige d’El Hadj Ahmadou Ahidjo (le président à vie d’alors… Qui est mort depuis… Avec les honneurs de la France et tout le tralala !)
ceci achevait de lui donner l’air de sortir de son labo après une découverte capitale pour l’humanité.
Beau noir légèrement enrobé,
le bonhomme arborait une calvitie discrète renforçant son petit côté savant…
Toujours cordial, amical et chaleureux il était dans sa bulle vaquant, toute la journée, à la pente douce de sa folie.
L’homme avait passé une partie de ses études à Nantes, Bordeaux et Louvain,
puis était revenu légèrement trop cuit au pays…
La fuite des cerveaux ne le concernait plus que très peu.
Sans être obséquieux, en vous abordant, il vous entretenait de la famille royale comme s’il avait été à Laeken encore ce matin devant, sans doute, y déposer quelque chose…
A dix milles kilomètres de là le contraste était saisissant…
Croyez-moi.
Les détails sur le palais,
la vie de famille des souverains,
leurs habitudes et petites manies,
rien n’avait de secret pour lui :
il trouvait Fabiola un chouïa trop catho à son goût et son Baudouin de mari pas assez entreprenant pour la suite de la dynastie…
Il avait bien quelques idées à ce sujet,
mais, jamais la cour n’aurait voulu d’un batard café au lait pour succéder à ce souverain sensible…
Déjà que le royaume était en proie à des problèmes communautaires…
Alors un souverain nègre, vous pensez mon bon monsieur !…
Là, il faisait force signes de désolation, levant ses yeux au ciel,
éclatant d’un rire carnassier et sonore un peu trop long au goût de Devriend
Au hasard de la journée il le rencontrait et l’entretenait de la situation en Belgique…
Il avait déjeuné, au palais, avec le roi pas plus tard que ce midi et Fabiola lui avait demandé des nouvelles de monsieur Devriend…
Elle était on ne peut plus ennuyée par cet état de chose.
Vraiment cette situation ne pouvait pas durer :
cette femme, ces enfants…
Loins de leur époux et père.
Lui, Essomba Dodo-Gbendu Ignace, allait accélérer la procédure d’expatriation auprès de la cour.
Les trois gosses et cette dame (qu’il brûlait de rencontrer) rejoindraient très bientôt ce Belge si sympathique…
Et au cas où monsieur Devriend aurait eu des soucis (bien compréhensible après toutes ces émotions) il se faisait fort de « dépanner » à l’aide de son bengala (*) pas du tout mi minki (**) la femme de ce blanc épris de culture (tout comme lui) en attendant que ça lui revienne :
entre gens du monde il fallait bien s’entr’aider.
Parfois il débarquait en plein milieu d’un cours et poussait un grand :
– Vraiment ! ce n’est pas possible ! situation de crise monsieur Devriend un peu comme dans votre pays !
le regardant dans les yeux intensément, puis il tournait les talons aussi sec pour en faire part à la cour immédiatement.
L’autre continuait son cours de la façon la plus naturelle qui soit :
O, Wonder!
How many goodly creatures are there here!
How beauteous mankind is! O brave New World!
That has such people in’t! (***).
Les chèvres repassaient en sens inverse
avec leurs bêêêhh toujours aussi dubitatifs quant à l’utilité de tout ceci,
toujours suivies par le cochon, décidé sur la troisième, celle avec une tache noire sur le côté.
Le pangolin relevait le sourcil gauche de plus en plus nerveux sur la suite de sa journée.
.
Epilogue : monsieur Devriend obtint sa mutation à Douala.
Sa femme et ses enfants l’y rejoignirent.
.
(*) : zizi.
(**) : très petit.
(***) : « O, merveille !
Combien de belles créatures vois-je ici réunies !
Que l’humanité est admirable ! O splendide Nouveau Monde
Qui compte de pareils habitants ! »



Le blog à Luc