Archive for the 'E’ville fragments' Category

L’humilité est la première chose que tu apprends dès le début… (II).

Les voila installés sous les pommiers…
L’endroit est magnifique
les derniers rayons inondent
de leurs lueurs orangées
le verger
faisant glisser les ombres élancées à l’infini
en autant d’anamorphoses étranges.
Une méchante baguette frappée au coin d’un calendos achève de les rassasier
après l’incontournable et quotidienne soupe en sachet,
pompeusement appelée « Julienne »
puis, après brève discussion, le litron éclusé,
ils décident d’aller prêter main-forte à la propriétaire des lieux.
Etonnement d’abord, « vous devez être fourbus, tous ces kilomètres, etc. »…
La veuve échevelée est belle…
Ils le perçoivent malgré leur jeunesse barbare
Puis ils font connaissance avec la fille,
Armelle elle s’apelle,
le futur gendre,
on l’envie déjà le bougre…
Il ne va pas s’embêter !
Son Armelle a cette beauté qui va durer…
Et des yeux…
Oui elle en a deux,
refrain connu,
mais je ne m’en lasse pas (ndlulu)
deux comme ceux de sa mère…
Et le voisin,
serviable,
à la grange,
pareille à la panse,
farcie de meubles normands…
La grange, pas le bide !
(ndlulu : je m’amuse !…
Vous aussi j’espère)
Lui il est comme dans les pubs…
Ecarlate et la patate !
L’haleine chargée ;
ils se tiendront au vent.
Les derniers meubles transbahutés à dos d’homme
dans des escaliers trop étroits …
Le fameux « meuble rouge »
dont on ne sait s’il est vide ou s’il est plein
tellement il est lourd le bougre !…
Il y a un mort dedans sûrement..
Le mari de la veuve peut être…
Après quelques fous-rires d’anthologie,
harrassés mais heureux,
vers la demi de deux tout est terminé…
C’est alors que le piège se referme…
Le cidre du pays sort comme par enchantement,
d’une cave cachée jusque là,
suivi bientôt du calva…
Même cave ;
ça y va !
Le bonhomme Perdrix n’en démord pas…
Le sien,
(qu’il a chez lui)
un trente ans d’âge,
les attend demain…
A l’aube.

L’humilité est la première chose que tu apprends dès le début … (I)

Si tu savais ?
Arnachés de trente kilos de bagages chacun
les voilà partis…
Moins de Soixante ans à eux trois…
Des lumières plein les yeux
Ils étaient en sueur
Roulant
Pédalant
Ahanant
Soufflant
Montées
Faux-plats
Descentes
Collines
Remonter
Misère !
Une fois de plus dans les derniers feux du couchant…
Quand t’es à vélo il n’y a que des faux-plats et des montées !
Trois jours sans se laver.
La nuit tombait il faudrait encore dresser les tentes á la brune :
mal organisés en plus !
Peu d’endroits propices pour s’arrêter
Ils en avait marre de rouler.
Les 110 bornes de ce huitième Jour pesaient sur les genoux,
la nuque douloureuse, les cals aux mains ne suffisaient plus à amortir les chocs du guidon…
Encore un village annoncé…
Le garde champêtre de la veille leur avait fichu les boules avec son fusil chargé en pleine nuit…
à croire qu’ils chassaient le lapin aux phares
Les cons !
Lui et son chien.
Eux éclatés de sommeil à deux heures du matin,
avec leur trois tentes en cercle autour du feu mourant…
Leurs vélos attachés à une vieille souche,
n’en menaient pas large.
Finalement il était reparti…
Fier de son acte de bravoure dérisoire
et les mômes se rendormirent…
Pas très fiers, la pétoche au ventre.
« Des lapins aux phares »…
Non mais ! J’te demande !
Pas le choix.

Il était trop tard à présent…
La première ferme à gauche ferait peut être l’affaire…
Petit sentier cahotant,
un verger sur la droite…
Une senteur de lavande et de pomme…
Des gens semblant déménager…
Intro d’usage :
– ‘soir m’dame… Est ce que nous pourrions planter nos tentes dans les champs par là,
près du verger?…
Elle, la belle quarantaine, toisant ces gamin, sales comme des peignes :
– Faites, dans le verger même, si vous voulez ?…
Je suis expropriée…
C’est le dernier jour,
nous débarrassons les affaires pour demain…
Le grand départ…
Nous retournons en Alsace,
Monsieur Perdrix, notre voisin, nous accueillera cette nuit.
.

.
(à suivre).

Sur ses traces en ce jardin.


.
Des langues de ruisseaux et de rivières rougeâtres
s’allongent en affluents arachnides au sol.
La latérite, assoiffée, boit goulûment les eaux usées.
A la limite de la nausée
l’odeur des plumes mouillées
ébouillantées
arrachées
en cadence
par poignées
scandent le matin.
Ouvrir sous le croupion
éviscérer…
Les intestins glissent
dans d’improbables entrelacs grisâtres se confondants avec la pierre.
Cous, cœurs, foies, gésiers…
Vider les cailloux et le grain…
Avant de les ranger au fond de la cavité thoracique
assainie de ses boyaux.
Parfois, avec son chapelet allant crescendo,
une jeune pondeuse y passait, par erreur,
avec au bout deux ou trois oeufs formés,
presque prêts à sortir…
Il seraient pour la pâtisserie…
En ce samedi matin
Cinq, dix, quinze, vingt
on avait vidé une trentaine de poussins
plus une poule…
Pour la moambe du lendemain.
Les ailes croisées dans le dos
les pattes coupées et rentrées dans l’incision du fion…
Pour honorer la commande.
Les poulets,
rangés côte à côte,
attendaient le client.
C’était il y a longtemps.
.

.
Récompense des plus grandes plumes
pour une coiffe de chef indien
… Le duvet irait dans des coussins.


.
C’est à ça aussi que ce jardin me faisait penser.
Pourquoi je raconte ça ?
.

Vendredi tu aurais eu quatre-vingt-huit ans.
Ne crois pas que je l’oublie…

Tout s’expliquait pour Artie…

Devant son incrédulité il lui montra l’écran…
Les feuilles,
en effet,
apparaissaient et disparaissaient
en cadence régulière
sur les grands noirs de ses huit planches…
(çà, c’est pour Anna et pour la d@me !)
Tout s’expliquait
(c’est dans le titre ! Suivez un peu voyons !)
Ces douleurs et pincements
à chaque histoire de coeur…
Ce sentiment d’effeuiller autre chose que la marguerite
à chaque histoire d’Amour…
Oui il écrivait encore le mot « Amour »
(ça vous étonne ?)
Avec un grand « A » qui plus est…
Et non avec un grand « tas »
comme se plaisait à le taquiner son beau-frère
jaloux de ses multiples aventures sans lendemain.
Le médecin lui dit :
nous sommes devant un cas exceptionnel,
monsieur Shaw
vous avez un artichaut à la place du cœur…
Le scanner est formel…
Et le traitement sera long.
.

Le vieux garagiste.


.
Couvre-feu.
Quinze raflés.
Comme les autres,
tous blancs
sauf Ilunga,
son mécano,
mort aussi.
Lui se souvenait de cette nuit noire.
Ce froid ravivait ses vieilles blessures.
Pangolin bizarre et hagard
Nu
Fuyant
Sur les coudes
Sur les genoux
Douleurs
Ramper
Ramper
Loin du massacre
Le grand Grec leur résistait
à deux ils s’y étaient mis
Crosse
Coupe-coupe
Battus à mort
Plus de chevilles
Ni de poignets
Cassés
ou plutôt
broyés dans ce camion
Route
Forêt
cours d’eau
voie ferrée
jeep
des militaires aussi
L’avaient emmené
au dispensaire de Lubum.
sans savoir ce qu’il avait vu
Un blanc de soixante-dix ans
nu et à quatre pattes
c’était pas ordinaire…
Ils le feraient parler à l’hosto
Quatorze morts
Seul lui…
Rescapé.
Grâce au grand Grec…
Ami de la famille.
Pour se souvenir.
Pour se souvenir
(bis)
… Et vous me demandez pourquoi ?
Ils sont partis en Août ’67
pour ne plus jamais revenir
(sauf un, il y a peu)
Leurs trois gosses
onze ans,
trois ans
et six mois.
Pour ce souvenir.
Pour ce souvenir
(bis).

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