Après tout…

Indianapolis dans le salon,
slalomant entre les chaises et les tamtams,
jouant son va-tout sur l’issue de la cuisine
d’où il pourrait fuir vers le jardin…
L’autre s’essoufflait…
Lui lorgnait la boucle promise
siffler à ses oreilles…
Encore deux mètres et il y serait…
Enjamber le clébard
p’t’être qu’il ferait tomber l’autre ?
p’t’être qu’il mourrait ?
Il était vieux son père.
Incrédule il le voyait courant et
tournant autour de la table…
Cela lui donnait des idées.
Pourquoi n’avait-il jamais pensé à s’enfuir ?
Tétanisé peut-être ?
Après tout…
Y réfléchir.
.

L’humilité est la première chose que tu apprends dès le début… (III).

Je ne ne retrouve pas l’image dont je voulais vous parler.
.
La nuit sera courte.
Le lendemain la rosée se mêle aux brumes…
Sont-ce celles des cerveaux…
Ou la nature qui dévoile ses dessous…
Ils ne le savent…
Le pot de confiote passe de main en main,
en gestes mécaniques et silencieux,
le nescafé,
aussi,
arrosé du trop liquoreux « lait concentré sucré »…
En tailleur,
le cul sur la bâche pour préserver de l’humidité,
il mâchent en silence.
un chat s’intéresse, circonspect, à ce tableau.
Sous son regard,
un bref moment d’éternité les traverse ces trois là.
Puis ils vaquent aux paquetages
à grands coups de sandows
boudinant les sacs de couchages
et les canadiennes…
(Les tentes, pas les filles !…
Suivez un peu voyons !)
Douze kilos cette connerie !…
On est loin de ces igloos pour trois à deux kilos, à l’époque.
Cling-clang-blong des gamelles étouffés par des t-shirts en feuilleté dans les fontes,
le dentifrice au dernier moment
Puis c’est la route…
Mais d’abord,
prendre congé des hôtes…
Il est neuf heures…
Soit une heure de retard pour la fraîche…
Tant pis, ils auront chaud plus tôt…
La soirée de la veille était exceptionnelle
… Les autres sont là,
Armelle, échevelée…
Un sein légèrement en ballade…
On ne lui dira pas,
la concupiscence commence tôt…
Des barbares j’ai dit !
Sa mère…
Apparemment belle à toute heure
a déjà le sourire du matin
Le gendre ronfle encore, là haut,
et Perdrix vient de terminer sa douzaine d’huîtres et sa soupe…
Il attaque le café allongé au calva avant que de continuer ses champs…
– Mais vous en goûterez avant n’d’aller dit-il
Le piège.
Encore un !
Le deuxième en moins de cinq heures !
C’est vrai qu’il n’y a pas photo…
Le trente ans d’âge
– « Y a pas que d’la betterave »
comme disait l’autre…
Il ressert le bougre…
Et, comme si ce n’était pas assez,
il remet une liche de celui de la veille
pour comparer…

Deux heures plus tard ils prennent congé et taillent la route :
le cagnard s’est déjà installé,
le soleil haut,
le bitume chaud…
Les mirages tremblent déjà leurs petites danses orientales.
Les pédales sont en plomb…
Passé le village
au premier faux-plat
ils décident de mettre pieds à terre
et de s’enfoncer dans une trop maigre forêt
pour y ronfler à l’aise…
Le métier qui rentre.


Trente-cinq kilomètres ce jour-là…
Pas fameux pour des p’tits jeunes !

Comme une rivière elle dort.

Petit visage hors du temps
elle semble
en ses songes entrée
tête légèrement inclinée
habitée d’un sommeil
qu’on dirait éternel
mystérieux et léger à la fois
comme prête à s’éveiller
au moindre son
annonçant ta venue.
.
Il s’est attardé sur
ses yeux
son nez
sa bouche.
Elle est belle comme le jour.
.
terre glaise
plâtre
chiffons
papiers
clous
cire
graphite
paraffine
bois
sont au rendez-vous
pour donner naissance
à cette peau vérolée par la chamotte
constellée des points de repères du sculpteur.
.
Elle est belle comme le jour.


« Je surprends la grâce de la dormeuse (…)
comme une rivière elle dort »
(in carnet de Rodin).

La bouée canard à Lulu.


.
Rididine s’est un peu fichue de ma balle, bien sûr, mais…
Le modèle n’est pas encore déposé,
je vous demande la plus grande discrétion.

L’humilité est la première chose que tu apprends dès le début… (II).

Les voila installés sous les pommiers…
L’endroit est magnifique
les derniers rayons inondent
de leurs lueurs orangées
le verger
faisant glisser les ombres élancées à l’infini
en autant d’anamorphoses étranges.
Une méchante baguette frappée au coin d’un calendos achève de les rassasier
après l’incontournable et quotidienne soupe en sachet,
pompeusement appelée « Julienne »
puis, après brève discussion, le litron éclusé,
ils décident d’aller prêter main-forte à la propriétaire des lieux.
Etonnement d’abord, « vous devez être fourbus, tous ces kilomètres, etc. »…
La veuve échevelée est belle…
Ils le perçoivent malgré leur jeunesse barbare
Puis ils font connaissance avec la fille,
Armelle elle s’apelle,
le futur gendre,
on l’envie déjà le bougre…
Il ne va pas s’embêter !
Son Armelle a cette beauté qui va durer…
Et des yeux…
Oui elle en a deux,
refrain connu,
mais je ne m’en lasse pas (ndlulu)
deux comme ceux de sa mère…
Et le voisin,
serviable,
à la grange,
pareille à la panse,
farcie de meubles normands…
La grange, pas le bide !
(ndlulu : je m’amuse !…
Vous aussi j’espère)
Lui il est comme dans les pubs…
Ecarlate et la patate !
L’haleine chargée ;
ils se tiendront au vent.
Les derniers meubles transbahutés à dos d’homme
dans des escaliers trop étroits …
Le fameux « meuble rouge »
dont on ne sait s’il est vide ou s’il est plein
tellement il est lourd le bougre !…
Il y a un mort dedans sûrement..
Le mari de la veuve peut être…
Après quelques fous-rires d’anthologie,
harrassés mais heureux,
vers la demi de deux tout est terminé…
C’est alors que le piège se referme…
Le cidre du pays sort comme par enchantement,
d’une cave cachée jusque là,
suivi bientôt du calva…
Même cave ;
ça y va !
Le bonhomme Perdrix n’en démord pas…
Le sien,
(qu’il a chez lui)
un trente ans d’âge,
les attend demain…
A l’aube.

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