Il la racontait souvent cette histoire
l’exode avec ses trois copains ;
à seize ans,
perdus au milieu de nulle part,
dans la campagne Française,
à marcher depuis trois jours,
fuyant le Nord et l’avancée allemande
avec l’espérance du Sud…
Au détours d’un chemin
il tombèrent sur une patrouille Allemande
dont le chef demanda leurs papiers ;
voyant qu’il avait à faire à de jeunes fuyards
venus de Belgique
et qu’ils n’avaient rien à faire là,
le type éclata, écarlate, hurlant :
– Vichez le camps à la maizon tout dé zuite ou che fou fê sauter afec tes pompes !!!
Nos trois camarades,
n’écoutant que leur courage,
rebroussèrent chemin,
rentrant à la maison.
…
Ils se souviendraient longtemps
de leur « exode » manqué
et surtout de cette frousse,
une immense frousse.
…
Lui se jura que plus tard,
il irait dans le Sud !
C’est comme ça,
je crois,
que papa se retrouva en Afrique.
…
Des fois dans des classes de garçons.

Des fois dans des classes de filles.
Mais ça c’est une autre histoire.