Archive for the 'E’ville fragments' Category

Celui là, je me le « Youtube », dans sa chemise jaune canari…



Les policiers dans leurs guérites, faisant la circulation sont à mourir de rire.
Une pièce de théâtre se joue là,
merveilleuse chorégraphie jouée par un acteur,
que dis-je un g é n i e ,
en constant monologue circulatoire et gesticulatoire,
homme orchestre habité,
funambule giratoire,
dirigeant son petit monde à coups de sifflets,
scandant ses gestes du souffle stridulant de son appendice à bille,
dans sa petite aubette, sponsorisée par « Primus » (c’est une bière rappelons-le!)
son dernier refuge, empreint de t o u t e son autorité,
il s’active sur ses guêtres
et son pouvoir, T O U T sauf efficace, s’exerce.
Contemporain de Jacques il aurait joué dans « Trafic ».
Tati en aurait fait le maillon fort de son film,
la scène serait culte désormais au même titre que l’accident de carrefour
… Son point d’orgue en somme.
Hiératique dans ses poses, il ne se soucie, finalement, que très peu de ce public à roue, qui ne répond pas à ses injonctions
Ici un génie incompris des axes perpendiculaires officie et est au centre du débat,
Caliméro des temps modernes,
Buster qui tonne de sa roulette il est aux embouteillages ce que la mouche était au coche.
En changeant d’axe, il prend soin de poser le geste avant la parole…
Triiiiittt!!! fait-il avec un temps de retard,
son bassin part légèrement en arrière, pendant que son pied gauche se plante sur le talon légèrement en avant de l’autre, au bout d’une jambe, raide comme la justice, il opère sa rotation d’un quart de tour, avec ce regard habité qui voit tout sans rien fixer
s’occupe, tranquille, de son Feng Shui de carrefour,
aimable karatéka du vide,
Triiiiittt!!! à tout hasard et de nouveau
il fend l’air sans appel, de son bras parfaitement droit depuis l’épaule
comme apprenant la natation dans sa cuisine, sur un tabouret,
puis sa main de Mickey tombe, telle un couperet, à la suite d’un nouveau dépliement du coude, et d’un temps de retard dans la syncope du mouvement de la ceinture scapulaire qui reprend un axe horizontal, cependant que le bassin a rejoint la verticale du corps.
Automate du code routier indiquant la nouvelle direction à suivre…
Triiiiittt!!! refait-il péremptoire et pathétique.
Pour être « street » il est « street » celui-là;
s’Triiiiittt!!! même.
Nous passons.
* * *
Je suis dans l’impossibilité de montrer mieux un de ces « héros de carrefours » car, faut-il le souligner, toute image de bâtiments officiels ou de représentants de l’ordre est strictement interdite en R.d.C., sous peine de poursuites judiciaire (dans d’autres républiques non bananières aussi du reste).
Même avec l’autorisation officielle de 60 $ émanant des « services de renseignements » (sic) ton objectif tu dirigeras avec prudence!…
En bon agent trouble, je me les suis imprimés dans la rétine et la mémoire… Mais je regrette de ne pas avoir d’images de celui décrit plus haut: ils partent tous du modèle standard des gestes, et chacun réinterprète, à sa façon, la gestuelle officielle.
J’adore… Mais la paille des cachots là-bas, très peu pour moi.

La rue Msiri.


Après une semaine où la tension montait de jour en jour, nous nous sommes retrouvés dans cette maison au microcosme parfait.
A l’abri de ses hauts murs dépourvus de tessons de bouteilles et de rouleaux de barbelés (chers aux maisons Luchoises) nous nous y sentions en sécurité.
Il y avait, là, tout en plusieurs exemplaires: Jacarandas, flamboyants, goyaviers, avocatiers, papayers, palmiers, manguiers, même de la canne à sucre…
Le château d’eau, les coupures de courant et d’eau (forcément vu que la pompe était dépourvue de Shadocks), sorte de petit Far West ou la latérite se redessinait et se nourrissait inlassablement des empreintes de nos pas, tableau vivant de poudre rousse, à l’échelle humaine…
Je n’aurais pas eu l’occasion de visiter la maison de mon enfance, que celle-ci m’aurait suffit.

El pan nuestro de cada dia.



Un simple coup d’oeil suffisait pour voir qu’Albert ne faisait pas sa part de boulot.

One shot.


Cette réalité se rapproche, je comprendrai plus tard le plan de la ville lorsque mes pas auront foulé le réseau perpendiculaire de ces rues et de ces avenues…
Je repère le lac, le terril de scories affublé de sa cheminée (la sirène à sept heure résonne dans toute la ville, deux heures avant le muezzin se sera égosillé sur son Halla akbar du matin),
l’hôtel « Karavia » près du golf en dessous du lac,
la maison du gouverneur au dessus de ce dernier…
La lumière trop vive à cette heure de la journée et les transparences approximatives du hublot ne permettent pas une analyse plus poussée…
Je scanne, plutôt que ne photographie, one shot obligé, je ne reviendrai pas, je le sais: je n’ai pas droit à l’erreur, une deuxième prise est impossible: c’est ici maintenant, tout de suite…
Par tous les sens j’enregistre, je respire, je goûte, je touche cet endroit de la terre qui fut mon berceau…
Les roues touchent le sol de la Luano.

Je commence à réaliser, vraiment, ce qui m’arrive.

L’endroit des photos.



Il faudrait que je rassemble mes notes
pour faire un récit cohérent
plutôt que de vous raconter ça dans le désordre!
les images ont voyagé aussi, avec moi, là bas
preuves de papier pour expliquer aux gens
pourquoi le bonhomme revenait après tant de temps
… Mais ça sonne, je dois vous laisser.

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