Sur ses traces en ce jardin.


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Des langues de ruisseaux et de rivières rougeâtres
s’allongent en affluents arachnides au sol.
La latérite, assoiffée, boit goulûment les eaux usées.
A la limite de la nausée
l’odeur des plumes mouillées
ébouillantées
arrachées
en cadence
par poignées
scandent le matin.
Ouvrir sous le croupion
éviscérer…
Les intestins glissent
dans d’improbables entrelacs grisâtres se confondants avec la pierre.
Cous, cœurs, foies, gésiers…
Vider les cailloux et le grain…
Avant de les ranger au fond de la cavité thoracique
assainie de ses boyaux.
Parfois, avec son chapelet allant crescendo,
une jeune pondeuse y passait, par erreur,
avec au bout deux ou trois oeufs formés,
presque prêts à sortir…
Il seraient pour la pâtisserie…
En ce samedi matin
Cinq, dix, quinze, vingt
on avait vidé une trentaine de poussins
plus une poule…
Pour la moambe du lendemain.
Les ailes croisées dans le dos
les pattes coupées et rentrées dans l’incision du fion…
Pour honorer la commande.
Les poulets,
rangés côte à côte,
attendaient le client.
C’était il y a longtemps.
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Récompense des plus grandes plumes
pour une coiffe de chef indien
… Le duvet irait dans des coussins.


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C’est à ça aussi que ce jardin me faisait penser.
Pourquoi je raconte ça ?
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Vendredi tu aurais eu quatre-vingt-huit ans.
Ne crois pas que je l’oublie…

Les trois petits épis de maïs Mexicains.

Il fallait voir les trois petits épis de Maïs en pincer pour la nana…
Une belle Américaine.
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Elle d’un calme olympien passait son chemin calme, belle et hautaine.
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N’attends pas de durians à Mayotte…

Charlatan
négociant
chez Petrossian
Monsieur Gaëtan Durian
(Michigan)
portant catogan
avait pour talisman
un orang-outan
sur l’astrakan.
En attendant
il pêchait l’achigan
sur son sampan
près du torrent
durant l’ramadan…
A cran les caïmans !
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Temps.
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Sur son alezan
Nathan D.
(un Barman pas ottoman
plutôt hooligan )
chassant le faon
lui fit pan dans le cardan d’sa Trabant jaune safran à Gaëtan.
Et vlan !
Fit G. Durian,
rangeant
son yatagan
tout coupant
et tout tranchant
sous le banian
dans le flanc
de N. Durant
(le barman )
lui faisant passer le goût du pemmican.
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Temps.
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Mourant dans un cri perçant
Nathan Durant
gitan
gisant ne rit plus tout le temps…
(On l’comprend,
mille cabestans !)
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Temps.
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Bilan : pas gentleman marrant,
plutôt paysan par moment,
quel sacripan ce Gaëtan Durian sous son raglan !

(Du nanan les rimes en « an » !
Ahan !)
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(Coupe scanner de durian : imagerie scientifique).
(Clin d’oeil à Tess).

L’heure des vêpres.


(Alice).
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L’enfant, coudes collés à la nappe en plastique, n’en perd pas une miette.

D’abord les lunettes qui forcent le respect ordinaire. Grand-Mère les enlève et perd son air têtu.

Plus vulnérable, elle se penche sur l’évier, remplit une tasse ébréchée et fait rouler une gorgée d’eau entre ses joues. Elle jette deux grosses pastilles qui font des remous dans le récipient, puis le dentier petit navire ; la fillette battrait presque des mains.

Grand-Mère s’en prend maintenant au chignon parfait. D’un filet délicat sortent comme d’un chapeau claque, peignes courbés, épingles, barrettes d’écaille, élastique à crochet, un coussin de cheveux de nylon, tout un attirail qu’elle dépose en chirurgien sous le fenestron, près du récipient où s’ébroue la trentaine de dents aux gencives framboise.

Tombent alors en bas des omoplates de longs fils poivre sel, et la fente des yeux étire dessous un trou qui veut sourire. Elle défait pièce par pièce son uniforme, désamorce les courtes bretelles attachées à la culotte, roule les bas en s’amenuisant, rendue flottante dans une combinaison à jours saumon.

Ablutions.

Devant le miroir qui gondole et réfléchit son nouveau visage, elle disparaît dans une tunique de coton, dos tourné à la petite attablée aux silences.

En place de l’austère mamie, une indienne lunaire noue sa maigre chevelure dans le cordon de cuir qui pend le jour à la crémone.

Mon-petit-or-il-est-temps-de-monter-te-coucher,

Les sons élimés cahotent du fil des lèvres sans émail

et l’enfant chuchote

Anou-tishou-shawani-d’abord-à-toi

Sans crainte elle prend sa nouvelle idole par la main et elles s’acheminent vers l’alcôve sacrée où s’épate la fameuse bombance, l’édredon qui en appelle aux plongeons

Pas-sur-le-lit-tu-vas-m’écraser-les-duvets

La meringue de plumes parée de tissages exhale le schnaps, l’eau de mélisse et les onguents musqués dont la vieille dame se frotte la poitrine par les nuits oppressantes. C’est une planète aux oreillers joufflus, volantés, ruchés, smockés, brodés, quiltés, une chasse gardée. Un ventre d’amidon que l’on rêve de trouer.

L’aïeule soulève un nombre d’or de couches ouatées avant de s’assoir au bord du lit. Entonne une prière juvénile et triste qui fait se retourner la petite fille pour voir qui est venu.

Elle prie : Bon Dieu rends-moi croyante, montre-moi ton ciel, donne-nous la paix, protège les miens.

L’enfant ne doute pas que les messages arriveront à l’intéressé, se presse d’opiner pour que cesse la litanie et revienne une paix familière. La mort rôde.

Finalement, Grand-Mère relève un visage lissé. Lui pose un baiser sur la tempe, la serre entre ses bras. Un petit peu trop fort.

Elle engouffre ses pieds pâles puis sa robe de nuit dans l’igloo.

Couche sa tête sur le coussin, imprimant un creux parfait.

Bonne-nuit-Blanche-Neige

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(Paru chez Christine Jeanney
dans le cadre des « vases communiquants »,
il y a quelques temps de cela,
ce texte est de Kouki Rossi :
je tenais à le partager avec vous,
car je l’aime bien…
Quoi ?
Ben, le texte pardi !…
Pas kouki !…
Quoique !;o)

Tout s’expliquait pour Artie…

Devant son incrédulité il lui montra l’écran…
Les feuilles,
en effet,
apparaissaient et disparaissaient
en cadence régulière
sur les grands noirs de ses huit planches…
(çà, c’est pour Anna et pour la d@me !)
Tout s’expliquait
(c’est dans le titre ! Suivez un peu voyons !)
Ces douleurs et pincements
à chaque histoire de coeur…
Ce sentiment d’effeuiller autre chose que la marguerite
à chaque histoire d’Amour…
Oui il écrivait encore le mot « Amour »
(ça vous étonne ?)
Avec un grand « A » qui plus est…
Et non avec un grand « tas »
comme se plaisait à le taquiner son beau-frère
jaloux de ses multiples aventures sans lendemain.
Le médecin lui dit :
nous sommes devant un cas exceptionnel,
monsieur Shaw
vous avez un artichaut à la place du cœur…
Le scanner est formel…
Et le traitement sera long.
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